Témoignage

Stage initiateur alpinisme TM

Le 28/03/2016 par Benne Antoine

3 jours intenses dans le massif du Néouvielle pour ce weekend de Pâques 2016, au programme : du ski, du rocher, des manips, de la neige, de la glace... et même des œufs en chocolat ! Bref que peut-on rêver de mieux ?!

Samedi 26 Mars :

Rendez-vous donné à Beaucens, chez notre guide David Marret qui, avec Eric Gérardin du CAF de Tarbes va assurer l’encadrement de ce premier des deux weekends de formation au « terrain montagne » (ou TM), formation diplomante au sein du CAF. Nous sommes 13 : Ihintza et Anabelle de l’EPAF (Equipe Pyrénéenne d’Alpinisme Féminin), l’équipe espoir CAF des Hautes Pyrénées: Théo, Thomas, Axel (de la vallée d’Aure..), Stéphane le benjamin du groupe 20 ans à peine et surnommée « Ueli Steph » ou « Junior », Romain, puis Jérémie du CAF de Bayonne, Ferdinand de Toulouse, Raymond du CAF de la Rochelle, David, Eric et moi même.

Après un « rapide » briefing sur le programme du weekend et quelques crêpes/viennoiseries, nous nous mettons en route vers Barèges, et plus exactement le restaurant « Chez Louisette » qui sera le point de départ de notre périple. Nous chaussons les skis à la voiture et entamons la montée vers le refuge de la Glère dans la vallée du Lienz, versant ouest du Néouvielle. Il fait chaud et c’est en tee- shirt que nous progressons sur nos skis ! Le temps est magnifique, on profite malgré la lourdeur de nos sacs chargés à bloc pour ces 3 jours : broches à glace, cordes, dégaines, friends, coinceurs, mousquetons, crampons, piolets, chaussures d’alpi... de quoi nous encrer littéralement dans la neige ramollie par le soleil ! En 2h/2h30 nous gagnons le refuge après un pique nique vite avalé et un sac allégé nous repartons sur nos skis pour commencer le stage par une petite après midi « manips » : révisions des types d’encordements, assurage en mouvement, relais sur corps mort en neige et moufflage, progression en terrain facile, atelier rappel le tout mis en application sur une petite arête mixte (neige/rocher) facile, juste derrière le refuge ! Une première après midi riche en apprentissages et révisions en tous genres, le tout dans un cadre magnifique et dans la bonne humeur : belle entrée en matière !

Dimanche 27 Mars :

Levé 6h30, il neige dehors, mais pas de quoi nous arrêter, après un rapide passage par la case petit déjeuner, vers 7h30 nous chaussons nos skis, direction le Néouvielle ! L’approche commence par une petite descente sous le refuge, de quoi faire chauffer rapidement mes cuisses de piètre skieur... Mais je ne m’en tire pas trop mal, pas de chute malgré des virages négociés dans un style douteux... Nous remettons ensuite les peaux pour remonter le vallon qui doit nous conduire tout d’abord au Lac Vert puis à la base de la face nord ouest du Néouvielle coupée en deux par l’objectif du jour : le couloir ouest (niveau D). La montée se fait sous la neige et dans le vent, ajoutant une touche hivernale au cadre somptueux dans lequel nous évoluons : faces givrées, platrées, coulées de neige, corniches... Quelle chance d’être ici et à cette période de l’année. Le temps s’améliore à mesure que nous montons et d’autres sommets surgissent des nuages, derrière nous, le Pic du Midi, sur notre gauche le Pic d’Espade, à droite le Mont Arrouy et face à nous... le Néouvielle et son esthétique couloir ouest. Quelques heures d’effort et nous voici à la base du couloir, le vent toujours fort nous incite à laisser les skis (que nous pensions emporter au départ pour nous payer le luxe d’une belle descente depuis le sommet), il est en effet plus raisonnable de ne pas s’encombrer de leur poids et de leur prise au vent dans ces conditions. Nous nous allégeons au maximum, puis nous lançons à l’attaque du couloir. Il va falloir être patients aujourd’hui, nous sommes 13 répartis en 4 cordées de 3 et David en solo. Je fais cordée avec Anabelle et Stéphane, et nous aurons l’honneur de fermer la marche. Nous attendrons donc au pied du couloir, arrosés quasi en permanence par des coulées de neige et quelques glaçons décrochés par nos camarades... Nous en profitons pour faire un peu plus connaissance, nous admirons le paysage : au loin, le Vignemale, le Balaïtous pour ne citer qu’eux, Anabelle nous ayant détaillé à peu prêt tous les sommets visibles à cet endroit.  Mais ça caille ! Vivement qu’on commence à s’activer... Ce sera chose faite après environ 1h30 à taper des pieds et faire le moulin avec les bras pour faire circuler le sang, je m’élance dans la première longueur. Une première pente de neige, puis un petit ressaut mixte pas évident à froid et pas aidé par la souplesse bien connue des chaussures de ski... mais ça passe, protégé par une broche, dans un style peu académique et toujours arrosé de neige et glaçons : ambiance ! Une deuxième pente de neige me conduit au pied d’un ressaut plus important au je vais faire le premier relais. C’est un peu la crise du logement, les deux cordées qui nous précédent n’étant pas encore parties. Je me rajoute donc sur le relais d’une des deux autres cordées et patiente à nouveau, avec un retour d’onglée sacrément douloureux, je fais monter Anabelle et Stéphane qui montent en 4ème vitesse il leur tardait eux aussi de passer à l’action.... ! Anabelle repart dans la deuxième longueur, la plus difficile de la voie, constituée d’un ressaut rocheux plaqué de glace. Une belle longueur de mixte qu’Anabelle négocie avec classe malgré ses crampons fuyants, protégée par deux broches et un friend : chapeau ! Le deuxième relai est atteint au soleil et c’est au tour de Stéphane de nous emmener dans la suite du couloir constitué essentiellement d’une belle pente de neige. C’est donc en corde tendue que nous repartons jusqu’au sommet du couloir protégés ça et là par une broche, un coinceur ou un friend. Le vide se creuse en dessous de nous, les parois de plus en plus givrées, la pente se couche, le sommet est proche. Stéphane disparait derrière ce qui semble être une brèche puis c’est au tour d’Anabelle de sortir de mon champ de vision, seule la corde me relie encore à eux. A mon tour j’atteins cette brèche, nous venons de grimper le couloir ouest du Néouvielle ! Le sommet du Néouvielle est là, tout proche, l’émotion me gagne, les souvenirs remontent... mais il faut déjà penser à redescendre, nous rejoignons le groupe en haut d’un couloir séparant le Pic d’Espade et le Néouvielle et qui doit nous ramener en versant ouest. En un rappel et une petite marche dans la neige profonde nous sommes de retour au pied du couloir ou nous avons laissé nos skis. Un pique nique expédié en quelques minutes et nous revoicis sur nos skis... ! Quelques gamelles et des virages toujours négociés dans un style douteux (pour moi) nous déposent plus bas à proximité d’une corniche de neige ou nous allons effectuer quelques manips de sauvetage en crevasse. Installation de corps mort en neige froide (skis enfouis sous la neige) puis mise ne situation d’arrêt de chute en crevasse (contre assuré sur relais avec pitons), et enfin remontée de la victime avec moufflage. Une bonne séance de révisons, bien utile !

La journée s’achève par une dernière descente en ski jusqu’au refuge, plus ou moins chaotique me concernant, mais j’arrive en un seul morceau c’est déjà pas mal !

 

Lundi 28 Mars :

Comme la veille, levé 6h30, il neige dehors, pti’ dej’ express, descente en ski sous le refuge, puis montée vers la façe ouest du Néouvielle. Cette fois nous nous arrêtons à la cascade du Lac Vert pour une journée cascade de glace ! Rapidement 3 lignes sont installées, une à gauche par notre guide David, un autre au milieu par Stéphane qui ouvre une voie sur 50m et enfin une à droite par Axel sur la partie la moins raide. Nous tournerons tour à tour sur les lignes, avec en prime révision des relais sur broches et/ou lunules, et affinage des techniques de grimpe sous l’œil expert de David. Un régal de grimper dans une glace finalement pas si froide et cassante comme nous l’imaginions. Je mets à profit ma semaine de grimpe à Ceillac dans les Alpes même si ici le niveau est nettement plus difficile. Quelques passages quasi verticaux et lisses me donnent du fil à retordre, en confondant vitesse et précipitation je me retrouve même pendu un instant sur un seul de mes deux piolets après avoir perdu mes deux pieds mal ancrés dans la glace... La moulinette permet ce genre d’acrobaties mais la sensation n’est pas forcement agréable. Je me venge quelques minutes plus tard dans une nouvelle ligne ouverte par David, encore plus à droite et plus difficile, là en prenant le temps de bien faire attention aux pieds et en mettant en application les conseils de David j’arrive à enchainer la longueur sans tomber, un seul petit bémol, en forçant pour sortir mon piolet marteau de la glace, celui-ci sort d’un coup et vient heurter mon arcade... De quoi me couvrir le visage de sang quasi instantanément... Mais ce n’est pas du tout grave, et très bien soigné par Ihintza, je m’en tire avec 3 stéri-strips et un bel œil au beurre noir !

La journée s’achèvera par la redescente en skis dans une neige de plus en plus molle et lourde chauffée par le soleil.

 

Un bien beau weekend : intense, riche, froid, chaud, bonne humeur, enthousiasme, action, effort, grimpe, rocher, glace, neige, entraide, et montagne ! Un grand merci à tous et vivement le weekend de l’ascension pour le deuxième épisode !

 

Pour les photos, voir le film associé






COMITE DEPARTEMENTAL HAUTES PYRENEES

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